Mon credo (2009)

Ma peinture prétend renouer avec des cosmogonies primitives par lesquelles les astres étaient des disques plats qui tournaient autour d’un centre, en l’occurrence la Terre. 
Les découvertes de la science, au cours des âges, ont bouleversé cet ordre de perception en y introduisant de multiples savoirs, au point que le vu et le su se sont irrémédiablement contaminés. 
Pourtant, subsistent toujours des résurgences primitives dans le langage, comme par exemple ce qui nous fait dire avec ravissement : « le soleil se lève », alors que tout le monde sait que notre terre tourne autour. Ceci dévoile une véritable imprégnation poétique qui justifie largement mon désir de retrouver l’innocence du regard pour aboutir à cette tautologie : « voir ce qu’on voit », et non voir ce qu’on sait.

La chose n’est évidemment pas facile, chaque perception mobilisant des millions de paramètres, les plus hétéroclites les uns que les autres.

 

J’ai donc choisi la candeur de la table rase, la surface, la blancheur, le « quelque chose plutôt que rien », le « coup d’œil », le centre, la circonférence, la multiplication, pour construire un diagramme simple qui permette l’expérimentation chromatique, une « chromogonie » en quelque sorte.

Il résulte de cette peinture qu’elle ne se donne pas comme une image finie mais qu’elle se propose comme le champ d’une stratégie du regard qui ne se refuse aucune liberté d’interprétation. A ce titre, on n’est ni devant l‘image, ni dedans, on la produit comme l‘interprète est nécessaire à la musique. Tous les phénomènes visuels qui constituent ces champs de tension et qui sont connus méritent dès lors d’être appréciés pour eux-mêmes sans être référés à ce qu’on désigne comme « le » réel. 
Un autre réel se dévoile alors comme une épiphanie.

David Lipszyc