C'est sans aucun doute de la candeur qu'il s'agit dans ma pratique de la couleur. Le néologisme « chromogonie » m'était pour ainsi dire tombé du ciel lorsque j'ai entrepris la rédaction de mon credo par lequel je voulais retrouver le regard primitif des anciens, sur le cosmos en l'occurence.

Mais il s'agit bien plus de trouver, ici et maintenant, un regard dénué de toute intention et rien moins que délivré de la parole pour coller directement à la couleur comme pur donné sensoriel.

L'art parle souvent trop, et trop souvent se présente sous les formes les plus signalétiques qui soient. Une sémiotique totalitaire y règne alors et ne se distingue plus des messages de la publicité, à laquelle elle emprunte sa violence et son discours. Violence qui n'a plus rien à voir avec la puissance qui active le regard créateur.

Nous sommes immergés dans le langage, nul ne l'ignore, mais je témoigne qu'un certain art peut provoquer une fissure dans l'ordre du langage et atteindre ce qu'il y a de plus primitif en nous, car l'art n'est pas un « progrès », il est le désir le plus fervent et la plus essentielle nostalgie de nos civilisations, quels que soient les matériaux et les technologies qu'il emprunte.

David Lipszyc

11 décembre 2010